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Alors que la confiance est de longue date un objet d’investigation légitime des sciences humaines et sociales, et que son invocation comme remède aux maux de la vie politique, économique ou psychique, est omniprésente dans la sphère... more
Alors que la confiance est de longue date un objet d’investigation légitime des sciences humaines et sociales, et que son invocation comme remède aux maux de la vie politique, économique ou psychique, est omniprésente dans la sphère publique, son antonyme, la méfiance, est relativement rarement analysé pour lui-même. Bien souvent, la méfiance est simplement considérée comme une absence ou un défaut de confiance, comme un manque à combler et elle n’est que très rarement appréhendée en propre. C’est donc une notion doublement négative, à la fois au sens où elle est définie en creux, et au sens où elle est pensée comme une force destructrice.
Le présent numéro souhaite au contraire la construire comme un objet propre d’investigation. Oscillant entre prudence, vigilance, doute, soupçon et peur, elle structure une multitude de situations et d’interactions sociales, mais semble régulièrement insaisissable, tant ses frontières sont mouvantes. Les contributions rassemblées ici s’efforcent précisément d’en cerner les contours, sans la figer dans une définition préétablie, en faisant varier les contextes, les situations géographiques, les époques, les milieux, mais également les méthodes et les types de regards (historique, anthropologique, sociologique, psychanalytique…), mais toutes ont en commun la volonté de faire émerger la méfiance comme une dimension structurante, parfois nécessaire, des relations humaines et sociales.
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Cette contribution entend proposer quelques pistes pour une histoire sociale de l’Empire à partir de sa fiscalité – ou, plus exactement, à partir des pratiques sociales qui entourent la levée et le paiement de l’impôt d’Empire. Car... more
Cette contribution entend proposer quelques pistes pour une histoire sociale de l’Empire à partir de sa fiscalité – ou, plus exactement, à partir des pratiques sociales qui entourent la levée et le paiement de l’impôt d’Empire. Car l’histoire de l’impôt ne saurait se réduire à une histoire de la construction de l’État, et c'est précisément ce que l’on évite en observant ces pratiques dans des territoires qui comptent parmi les plus petits comtés et principautés de l’Empire, qui ne sont pas des États. L’analyse sera donc ancrée dans les territoires des comtes de Reuss et des comtes de Schönburg : en observant les logiques du paiement chez les petits « immédiats d’Empire », on est à même de voir se déployer l’ensemble des niveaux qui structurent la société impériale, depuis l’échelle locale jusqu’à l’échelle européenne. Après un bref aperçu historiographique, cette contribution examinera les logiques sociales et politiques du paiement de l’impôt à l’Empire : vecteur d’affirmation et de maintien d’un rang pour les comtes d’Empire, il est, pour leurs sujets, un instrument d’affirmation politique. « Don », « protection » et « fidélité », qui légitiment à tous les niveaux du corps social le paiement de l’impôt, se déclinent donc de manière différenciée selon les systèmes de pouvoir, et c'est là ce qui permet de comprendre comment l’Empire fait société.
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Cet article examine les formes pratiques de l’antifiscalisme et les discours qui les justifient en Allemagne au XVIIIe siècle du point de vue des contribuables ordinaires, qui ne sont pas représentés dans des assemblées d’états. En... more
Cet article examine les formes pratiques de l’antifiscalisme et les discours qui les justifient en Allemagne au XVIIIe siècle du point de vue des contribuables ordinaires, qui ne sont pas représentés dans des assemblées d’états. En refusant l’impôt, ils interrogent plusieurs des fondements essentiels du corps impérial dans son entier, et redéfinissent leur propre place en tant que sujets. Refuser l’impôt apparaît comme l’une des manières de conquérir dans les faits un droit de consentement et de refus qui, au-delà de l’impôt, s’étend à l’autorité politique en général. En mettant en œuvre des actions collectives contestataires, en réclamant transparence de l’information financière, équité de la répartition fiscale et consentement à l’impôt, les sujets font ingérence dans des affaires financières que leurs autorités s’efforcent de soustraire à leur emprise. Ces refus rendent possible l’émergence d’espaces publics à la fois fragmentés et conflictuels, et aboutissent à une lutte pour la définition du partage des prérogatives entre gouvernants et gouvernés. La contestation antifiscale, réinsérée dans la continuité des temps « chauds » et « froids », apparaît ainsi comme un lieu primordial de la réélaboration des droits politiques du sujet, précisément par ceux qui sont en principe exclus du droit à les définir, et de leur ingérence, presque par effraction, dans l’espace public légitime.
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Cet article analyse la manière dont la révolte est racontée ou passée sous silence par les deux principales parties impliquées : gouvernants et gouvernés. En partant de l’exemple de l’Allemagne du xviie siècle, il montre qu’il faut tenir... more
Cet article analyse la manière dont la révolte est racontée ou passée sous silence par les deux principales parties impliquées : gouvernants et gouvernés. En partant de l’exemple de l’Allemagne du xviie siècle, il montre qu’il faut tenir compte non seulement du statut du locuteur, mais encore du contexte d’élocution et du (des) destinataire(s) : selon que le discours est destiné à la scène publique impériale, ou au contraire à demeurer dans les arcanes du territoire, la révolte n’est pas présentée sous le même jour, et ce sont des éléments différents qui sont mis en avant (désobéissance, violence ou organisation collective).
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Cycle de conférences de l'EHESS "Gilets jaunes: regards sur une crise", avec Sylvain Bourmeau, Antoine Bozio, Alexis Spire
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Prenant la suite des travaux de la sociologie de l’action, les historiens ont insisté, ces dernières années, sur la multiplicité des rôles sociaux incorporés par les agents à l’époque moderne, et sur l’importance de ces rôles dans la... more
Prenant la suite des travaux de la sociologie de l’action, les historiens ont insisté, ces dernières années, sur la multiplicité des rôles sociaux incorporés par les agents à l’époque moderne, et sur l’importance de ces rôles dans la détermination de leurs actions : de l’élite politique aux simples roturiers, ils étaient tous sujets d’un prince, membres de corps, de communautés, ou de corporations, fidèles d’une religion, et insérés dans un ensemble de relations sociales de parenté, d’amitié, de clientèle et de patronage qui structuraient en profondeur leurs vies ordinaires et leurs comportements. Or, on sait aussi à quel point ces différents rôles, et les devoirs qui leur étaient associés, pouvaient entrer en contradiction les uns avec les autres : il n’était pas rare de s’opposer à son prince pour des raisons religieuses, de suivre son patron ou son ami dans une révolte face à ce même prince, ou de préférer la fidélité à la communauté villageoise au détriment du prince ou du seigneur.
L’historiographie a de longue date étudié la figure du traître, que ce soit à travers celle de l’espion, de l’ennemi de l’intérieur, du rebelle ou du faux-converti. En revanche, elle a moins fréquemment articulé entre elles ces différentes figures de l’infidélité. Elle a également rarement porté attention à la manière dont ces catégories étaient construites et mobilisées. Or, elles ne sont appliquées ni de manière uniforme, ni de manière systématique à toutes les situations où un agent choisit une fidélité plutôt qu’une autre. Enfin, si les trahisons éclatantes des Grands ont fait l’objet de nombreuses analyses, nous pensons qu’il est également essentiel de les mettre en regard des trahisons ordinaires intervenant « au ras du sol », dans les villes, les villages et les communautés.

Nous souhaitons donc interroger les configurations politiques et sociales dans lesquelles ces figures émergent et dans lesquelles ces désignations atteignent ou non leur but. On s’interrogera donc à la fois sur les moments particuliers où ces rôles, qui souvent coïncident, entrent en discordance, et sur la manière dont sont qualifiés les choix qui sont alors faits. Lors de ces conflits apparaissent en effet les figures rhétoriques et sociales du traître, du renégat et du rebelle. S’il était, dans certaines situations, parfaitement accepté socialement et légitime politiquement de changer de patron, de rompre son amitié, de se convertir, de désobéir à son prince, pourquoi ces choix sont-ils parfois qualifiés dans l’ordre de la trahison ? Tantôt, ces catégories semblent n’avoir aucune efficacité ; tantôt au contraire, elles atteignent leur cible, et discréditent les individus visés.
Nous proposons donc de réfléchir à ces trois figures de la trahison à partir de cas précis, afin de souligner ce qu’elles ont en commun : celle de l’espion ou de l’ennemi de l’intérieur, qui s’allie avec un ennemi qui est ici, toujours, l’étranger ; celle du rebelle, de l’insurgé, du révolté, qui mobilise la figure du sujet ingrat ou du traître à la communauté ; celle enfin du renégat ou de l’impie, qui choisit une allégeance religieuse qui met en péril la cohésion d’une communauté. Chaque fois, ces figures, qui parfois se rejoignent et s’entremêlent, pourront être étudiées à toutes les échelles spatiales, et dans tous les univers sociaux, y compris les plus ordinaires.
Nous pensons que les figures du « traître », du « renégat » et du « rebelle » gagnent à être comprises, non pas comme des donnés objectifs, liés à un type de comportement qui entraînerait la catégorisation, mais comme le résultat de stratégies discursives, et le produit de situations, dans lesquelles on parvient à assigner cette identité à son ennemi. Il s’agit donc de s’interroger sur les situations sociales et politiques précises dans lesquelles ces accusations peuvent être portées, sur les types de comportements qui peuvent y conduire et en rendre le succès plus ou moins probable, mais aussi sur les rapports de force qui permettent ou non à ces insultes d’avoir prise ; sur la manière dont, enfin, ces catégories peuvent être utilisées les unes par rapport aux autres ou les unes contre les autres. Ce faisant, c’est alors la légitimité d’un ensemble de pratiques politiques concrètes d’opposition que l’on pourra interroger du point de vue des acteurs et de leur culture politique propre.

Trois ordres d’interrogations nous paraissent ainsi émerger :

- Le premier s’efforce de comprendre les motivations du traître. Pourquoi et comment choisit-on une allégeance au profit d’une autre ? Les agents choisissent-ils en fonction d’un simple calcul coût/avantage et d’une évaluation des différents risques ? La trahison est-elle toujours motivée par l’espoir d’un gain, et le cas échéant, de quelle nature est-il ? Des logiques de l’ordre de la rationalité en valeur priment-elles parfois sur la rationalité en finalité ?
- Un deuxième ensemble s’efforce de comprendre la manière dont les « trahis » appréhendent et qualifient le « traître ». Selon quelles logiques la (dis)qualification comme « traître » s’opère-t-elle et dans quels contextes s’avère-t-elle efficace ? Quels argumentaires les « traîtres » déploient-ils en retour face à ces qualifications ?
-  Le troisième ensemble concerne les déclinaisons différenciées – ou à l’inverse, les similarités – des figures de la trahison. Observe-t-on des figures transversales aux groupes sociaux et différentes relations de fidélité ? La « trahison » est-elle un invariant social, ou l’emploi réitéré du terme cache-t-il au contraire des pratiques fortement distinctes ? La nature du lien trahi – social, politique, religieux… – a-t-il une incidence sur la reformulation des liens sociaux qui suit l’acte de trahison ?


La périodisation qui a été retenue pour cette journée permettra d’interroger ces logiques à l’œuvre depuis les grands conflits sociaux et religieux des XVe et XVIe siècles jusqu’à l’émergence de l’État-nation, longtemps interprétée, dans une logique modernisatrice, comme celle du progrès constant du pouvoir de l’État. Par nos travaux, nous souhaitons à la fois libérer la figure du « traître » et du « rebelle » de l’époque moderne d’une lecture contemporaine, qui l’interprète, de manière automatique, comme celui qui se détournerait de son prince et de l’État dont il est le sujet, mais aussi interroger le bien-fondé de cette conception objective de la définition de ces figures pour la période post-révolutionnaire.
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Comprendre le pouvoir par la fiscalité : voilà le pari tenu par cet ouvrage, appuyé sur des sources allemandes d’époque. Dans une écriture d’une fluidité remarquable, Rachel Renault éclaire les pratiques sociales dissimulées sous l’impôt.... more
Comprendre le pouvoir par la fiscalité : voilà le pari tenu par cet ouvrage, appuyé sur des sources allemandes d’époque. Dans une écriture d’une fluidité remarquable, Rachel Renault éclaire les pratiques sociales dissimulées sous l’impôt. Suivre les circuits de paiement permet d’abord de comprendre la construction de l’espace politique. L’illisibilité des différences entre territoires apparaît comme une ressource activement recherchée. Elle montre également que, si l’impôt a un prix, la mise en scène du paiement permet d’accumuler du capital social ou symbolique. Enfin, elle situe la fiscalité dans deux cents ans de luttes entre gouvernants et gouvernés, ainsi qu’entre gouvernants. Le refus d’impôt est présenté comme une forme très politique de contestation, dont la possibilité redistribue le pouvoir d’État. Il débouche à la fin du xviiie siècle sur la notion de consentement, d’où émergera le contribuable actuel. Une lecture précieuse pour comprendre les implications de tout prélèvement dans un espace politique fragmenté.

Hadrien Clouet
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